Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

AVIS D'EXPERT

Energies Renouvelables : des transactions records en 2017 et des perspectives prometteuses

par Charles Abbey,
Associé KPMG, Deal Advisory

+ - télécharger en PDF Imprimer Envoyer l'article par e-mail
La révolution des énergies renouvelables (ENR) permet de produire de l’énergie à des prix désormais compétitifs et continuellement en baisse pour l’énergie solaire et éolienne offshore. Des coûts de revient en dessous de 30$/MW, et inférieurs aux coûts de l’électricité conventionnelle, sont atteints dans de nombreux pays. Cette classe d’actifs devient incontournable, avec une croissance mondiale des capacités installées. En 2017, 160GW ont été installés dont 98 GW de solaire et 56 GW d'éolien1.
Les technologies maintenant éprouvées répondent au triple paradigme d’une énergie décarbonnée, décentralisée et digitale. Elles bénéficient de la volonté de nombreux gouvernements de promouvoir des solutions énergétiques favorables à l’atteinte des objectifs de l’accord de Paris sur le Climat2.
La récente étude « Great expectations. Deal making in the renewable energy sector » publiée par KPMG montre que les fusions-acquisitions ont continué à faire preuve de dynamisme au cours de l’année 2017, et ce malgré le retrait des Etats-Unis de l'accord de Paris sur le climat. Les 200 investisseurs et dirigeants des ENR3 interrogés pour cette étude apportent de nombreux éclairages sur ce secteur. Pourquoi le prix des deals continue de s’envoler ? Quelles seront les technologies gagnantes ? Qui tire profit des opportunités ? Quels sont freins et les réticences résiduels pour les investisseurs ?

Fusions-acquisitions dans les ENR :
une hausse continue depuis 2010

L’activité M&A sur le secteur des énergies renouvelables a augmenté de manière constante au cours des 7 dernières années. En 2017 on compte 4064 transactions pour une valeur de €40 milliards, au niveau mondial.

Sur le plan international, l’activité M&A a été animée par des fonds de pension
Parmi les 10 principales transactions de 2017, le fonds de pension canadien Brookfield Asset Management se distingue par 2 acquisitions significatives (TerraForm Power, un opérateur américain d’actifs ENR, pour €4 milliards et TerraForm Global pour €1,2 milliards) qui lui permettent de renforcer son pipeline d’actifs ENR.
L’activité M&A dans le secteur des énergies renouvelables a été soutenue et est devenue presque effrénée dans certains pays. Cela s’explique par plusieurs facteurs :
• des énergéticiens traditionnels recherchent de nouvelles capacités de production décarbonnée ;
• des investisseurs institutionnels (fonds de pension, compagnies d’assurance) recherchent des rendements stables, prévisibles et long terme qu’offrent les ENR ;
• les faibles niveaux des taux d’intérêt et l’arrivée à maturité des technologies renouvelables réduisent les risques perçus et poussent les investisseurs institutionnels/financiers vers ce secteur ;
• de nouveaux entrants investissent, notamment les sociétés pétrolières et des family offices. Shell,par exemple, a annoncé une volonté d’investir jusqu’à $2milliards par an dans le secteur.
Les valorisations élevées observées pour les actifs en exploitation contribuent aussi à animer les fusions-acquisitions, car elles incitent les actionnaires historiques à vendre leurs actifs à des acteurs au coût du capital plus faible, pour tirer avantage de ces fortes valorisations. 

En France, 2017 a été marquée par une consolidation du secteur et l’arrivée des pétroliers dans les ENR  
La France est depuis plusieurs années un choix populaire auprès des investisseurs. En 2017, la valeur globale des transactions s’élève à environ €2 milliards.
L’analyse des transactions 2017 montre une consolidation du secteur, avec l’acquisition de pionniers indépendants et prospères tels que Quadran, EREN et Futuren, respectivement par Direct Energie, TOTAL et EDF.
Le marché a aussi été animé par des investisseurs institutionnels tels que  le canadien Innergex, la plateforme renouvelable de JP Morgan Sonnedix et le fonds de pension hollandais APG qui a repris Kallista Energy au fonds d’infrastructure Ardian.
On constate une forte demande pour les sociétés ENR multi-énergies et disposant de solides pipelines de projets ainsi que d’équipes de développement expérimentées. 

Hotspots et tendances 2018
Les 200 investisseurs interrogés par KPMG sont optimistes quant au développement du secteur malgré les défis réglementaires et technologiques existants.

Le M&A restera dynamique en 2018, avec une hausse des valorisations et un appétit accru pour l’offshore et le solaire photovoltaïque
Les principaux pays dans lesquels l’activité M&A est attendue en forte hausse dans les 12 prochains mois sont l’Allemagne, la Chine, le Royaume-Uni, l’Inde et la France. Cette activité s’oriente principalement sur l’éolien offshore (43%) notamment en Europe, et le solaire photovoltaïque (16%) dans les pays émergents et en Asie.
En Europe, l’Allemagne est citée par les investisseurs comme le premier pays dans lequel ils seraient les plus susceptibles d’investir. Elle est considérée comme le pays ayant mis en place les politiques les plus avantageuses en faveur des ENR.
La France est classée 4ème des pays disposant des politiques de promotion des ENR les plus favorables mais une grande partie des sondés considère que l’élection d’Emmanuel Macron favorisera l’investissement dans ce secteur à l’avenir. Les annonces gouvernementales (simplification des procédures administratives pour les projets éoliens on-shore et offshore, augmentation des capacités soumises à appel d’offre pour les projets photovoltaïques) ainsi que l’annonce d’EDF d’installer 30 GW de capacité photovoltaïque en France d’ici 2035 devraient renforcer l’attractivité de la France.
Hors d’Europe, la Chine et l’Inde attisent l’attention des investisseurs en raison de leurs plans d’investissements ambitieux dans le secteur ainsi que de la volumétrie des projets disponibles.
Par ailleurs, les investisseurs attendent une hausse de la valorisation des actifs ENR, essentiellement sur les secteurs de l’éolien offshore, le photovoltaïque et aussi l’hydroélectricité, technologies plébiscitées en termes d’investissements futurs.
L’attractivité de l’offshore réside notamment dans la taille des projets qui permet d’investir, en un seul deal, des sommes importantes et dans la baisse des coûts de construction des projets. Sur le photovoltaïque, l’attractivité s’explique par la baisse des coûts, le développement du stockage ainsi que par les plans d’investissements d’envergure lancés par certains pays tels que la Chine.

L’innovation sera un facteur clé du développement du secteur et de l’appréciation des dossiers
L’innovation dans les technologies comme le stockage et l’agrégation énergétique est considérée comme un facteur important dans les décisions d’investissement car ces technologies contribuent à la stabilité et à la sécurité de l’approvisionnement.
La mise œuvre de systèmes de stockage d’envergure via des technologies telles que celles des batteries est considérée comme vitale pour le développement des énergies renouvelables car ils permettent aux actifs de production d’énergie renouvelable de fonctionner comme des centrales électriques conventionnelles, en stockant le surplus d’électricité et en fournissant de l’électricité de manière constante. 98% des interviewés considèrent que l’intégration d’un système de stockage est un élément clé pour leur décision d’investissement.
74% des interrogés citent l’importance de l’hydrogène, car il pourrait pallier, à terme, à l’intermittence des ENR grâce notamment au stockage de l’électricité excédentaire lors de périodes de surproduction liées à la météo
Les agrégateurs sont des intermédiaires entre le producteur d’électricité et le marché de l’électricité, permettant l’intégration de sources renouvelables sur le réseau et assurant la flexibilité de ce dernier. Les investisseurs les considèrent comme une source de création de valeur pour les projets ENR et les voient jouer un rôle important sur le marché dans les prochaines années.

Les investisseurs attendent des politiques réglementaires claires, volontaristes et stables
ll subsiste des défis à surmonter, parmi lesquels la transition d’un système de contrat d’obligation d’achat à tarif garanti à un système d’enchères. Pour 40% des sondés, ceci augmente le risque que des projets à faibles tarifs d’achat ne soient jamais construits et que les résultats soient grevés. Cela encourage également la consolidation dans le secteur car les développeurs, en essayant de générer des profits, créent de l’incertitude et favorisent une baisse des prix qui peut les confronter à des difficultés pour lever des capitaux.
La diminution des dispositifs de soutien aux ENR (41% des sondés considèrent les subventions comme un élément prépondérant dans leur décision d’investissement), la lourdeur des procédures administratives (obtention des permis et autorisations diverses) dans certains pays et le risque de modification des règlementations applicables peuvent constituer des freins à l’investissement.
Les pays qui attireront les investisseurs sont ainsi ceux qui démontreront des politiques réglementaires claires, volontaristes et stables.

Pour aller plus loin…
Selon l’analyse des experts KPMG, des tendances majeures émergent de cette étude et devraient se poursuivre après 2018.
1. Une baisse importante du coût du capital disponible pour les ENR et une hausse des valorisations. Le coût du capital a très fortement diminué sur de nombreux marchés sur les 24 derniers mois, conduisant à des valorisations élevées pour les actifs en exploitation et incitant en conséquence les actionnaires existants à vendre leurs actifs pour tirer avantage du marché.
2. Les investissements directs des « fonds de pension ». Les ENR offrent de nombreux avantages aux fonds de pension, dont des rendements annuels prévisibles, un horizon d’investissement long terme (15 à 20 ans) et des revenus stables notamment quand des contrats d’achat à prix garanti sont en place. Certains fonds de pension investissent directement dans les actifs ENR et se sont dotés en interne des compétences pour gérer activement ces portefeuilles. Ce type de modèle est particulièrement fréquent au Canada, en Australie et dans certains pays européens.
3. L’émergence des « Plateformes renouvelables » et la recherche de nouveaux modèles d’investissement par partenariat. Plutôt que des investissements dans des projets, on observe la création de plateformes renouvelables par les fonds qui se dotent de compétences, développent et opèrent dans de multiples pays. Par ailleurs, au vu des valorisations élevées et de la rareté d’actifs en exploitation, les investisseurs recherchent des solutions innovantes pour sécuriser l’accès aux bons projets. En conséquence, ils cherchent à signer des contrats de partenariat avec les développeurs, sur la base desquels ils fournissent un support financier (capital ou dette) pendant la phase de développement avec en contrepartie une option pour acquérir en priorité les actifs développés.
4. Poursuite de la transition vers un secteur non subventionné. Un marché des ENR non subventionné commence à se dessiner, ce qui entraîne de nouveaux défis pour les investisseurs, cette tendance augmentant en effet l’exposition à la volatilité des marchés. Des solutions alternatives aux tarifs d’achat, tel que les Corporate PPA, font leur apparition.
5. Les batteries et le stockage. Des progrès remarquables ont été réalisés sur les technologies de stockage avec batteries et de nombreuses initiatives sont lancées. Ce secteur devrait ainsi prendre une importance grandissante en 2018 et dans les années à venir.
6. L’opportunité pour les pays émergents riches en ressources solaires. L’accès aux actifs ENR devenant de plus en plus difficile dans les marchés ENR matures, les investisseurs se tournent désormais vers les économies émergentes, notamment le Mexique, l’Inde, le Vietnam, le Chili, l’Afrique du Sud et l’ensemble du continent africain. Le développement de l’énergie solaire dans ces zones peut permettre de soutenir le développement économique tout en fournissant de l’énergie propre, durable et à un prix accessible.
7. La « démocratisation » de l’offshore. Jusqu’à récemment, l’offshore n’était pas un actif recherché par les investisseurs institutionnels car il était considéré comme risqué. Ce sentiment a désormais évolué comme le montre le nombre de transactions dans le offshore réalisées en Europe du Nord et on peut s’attendons à une activité soutenue sur ce segment en Europe dans les prochaines années.
8. L’investissement responsable. Il est désormais fréquent de voir les investisseurs et des banques de financement intégrer les principes ESG5 dans leur stratégie d’investissement. Par exemple, la BNP a annoncé en 2017 son intention de ne plus financer les projets de centrales à charbon.
Le marché M&A dans les ENR restera donc très actif dans les prochaines années. Il ne faut néanmoins pas croire que la tendance actuelle d’un coût du capital toujours décroissant se poursuivra, car tout mouvement à la hausse sur les taux d’intérêt impactera négativement le marché. Les investisseurs doivent être conscients des risques associés aux actifs ENR qu’il convient d’évaluer et de valoriser. Si les investisseurs perdent confiance dans cette classe d’actifs, la filière ENR en pâtira. Enfin, en attendant que le coût de production ENR atteigne la parité réseau6, les gouvernements doivent continuer à démontrer un engagement fort en faveur des ENR afin d’assurer le succès de leur révolution, pour les investisseurs comme pour les porteurs de projets.

1 Source : Bloomberg New Energy Finance
2 Se référer au site de la Commission Européenne - https://ec.europa.eu/clima/policies/international/negotiations/paris_fr
3 Méthodologie retenue dans l’étude : Au cours du 3ème trimestre 2017, Acuris a interrogé 200 investisseurs et dirigeants du secteur des énergies renouvelables, dont les sociétés ont été réparties en 3 zones : Amériques, Europe-Moyen Orient et Asie-Pacifique. L’étude intégrait des questions qualitatives et quantitatives et les interviews ont été conduits sur la base de rendez-vous téléphoniques. Toutes les réponses sont restées anonymes et ont été présentées de manière agrégée. Les résultats ont été rassemblés et analysés par Acuris et KPMG. Pour les besoins de cette étude, le terme « Energies renouvelables » couvre les sources de production d’électricité suivantes ; éolien offshore, solaire photovoltaïque, hydraulique, biomasse/biogaz, solaire thermique, éolien onshore et géothermie. 

4 Transactions d’une valeur supérieure ou égale à USD5million, base de données Mergermarket
5 ESG : Environmental, Social and Gouvernance ; principes de gouvernance sociale, environnementale et responsable
6 Parité réseau : concept selon lequel le coût de l’électricité ENR devient équivalent à celui de l’électricité conventionnelle, lui permettant d’être économiquement viable sans subvention

 

article à la une
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation d'un cookie une fois connecté à vos identifiants, ceci vous permettant de naviguer pleinement sur notre site.