Fusions & Acquisitions, La première revue des raprochements d'entreprises

DOSSIERS

Les banquiers d'investissement en M&A vont-ils être ubérisés ?

par Jérôme Pottier,
Regional Head of Southern Europe
and North Africa, Merrill Corporation


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La technologie modifie tous les aspects de notre vie et il est certain que cette tendance va s’accentuer dans les années à venir.
Les technologies « disruptives » affectent également l’exécution des transactions M&A par les banquiers d'investissement. Seuls les acteurs les plus orientés vers l'avenir réussiront à exploiter le meilleur de ce qu'apporte l'innovation pour continuer à conclure toujours plus de deals, plus vite et plus efficacement. Goldman Sachs emploie plus de développeurs que Facebook. La banque a lancé un programme d’automatisation des opérations d’introduction en Bourse, programme Deal Link, qui a permis d’automatiser 50 % des 127 étapes qui constituent une IPO. JPMorgan a lancé un programme similaire. Goldman Sachs travaille actuellement sur la « filière » M&A ... Il y a donc lieu de se demander si la technologie va « uberiser » la banque d’affaires.
Quatre nouveautés technologiques ont montré leur aptitude à changer nos vies et à transformer le M&A.

La révolution des smartphones
Rien n'a probablement changé nos façons de vivre et travailler autant que les smartphones. Nous avons désormais les informations au bout des doigts, sans avoir à attendre et ceci se traduit souvent par une obligation d’immédiateté dans l’exécution des deals qui ne va pas toujours de pair avec l’optimisation de la transaction. En outre la facilité d'installation et d'utilisation des applications mobiles poussent les utilisateurs, clients et employés à demander à leurs organisations de privilégier les technologies mobiles, répliquant ainsi l’usage personnel dans la sphère professionnel.
L'avenir appartient au développement d'applications sur mobile dédiées au « M&A » et les « deal-makers » veulent pouvoir gérer les différentes étapes d’un processus M&A au moyen d'applications sur mobile dotées d'une grande automaticité et de puissantes fonctions d'analyse de données, mais aussi capables de gérer les data rooms de due diligence depuis leur smartphone : inviter les utilisateurs, gérer les contenus et le Forum des Questions-Réponses, accéder à l'activité des acquéreurs et son analyse de manière très visuelle et gérer les phases préliminaires des deals comme le deal-teasing et le deal-marketing.

La prolifération des technologies fonctionnant à la manière des réseaux sociaux
Nous sommes tous aujourd’hui hyperconnectés et dépendant des réseaux sociaux, nous permettant de partager de l’information de manière simple et immédiate.
Ce besoin de collaborer instantanément et de partager des données en toute sécurité est immense en M&A, et sa satisfaction contribuera fortement à la conclusion rapide et sûre des deals. Il est certain que l'industrie du M&A va progressivement adopter des solutions comparables à Slack, Workplace (Facebook), Teams (Microsoft), taillées sur mesure pour le monde du M&A, pour sécuriser et faciliter la collaboration, la communication et le partage de fichiers et des tâches relatives aux deals. Ceci est actuellement une mission difficile à réaliser pour les banquiers d’affaires, plus particulièrement sur les phases amont des transactions (avant qu’une dataroom ne soit mise en place). Ces tâches sont traditionnellement gérées de manière basique et manuelle, via l’échange d’emails contenant des pièces-jointes et de fichiers excel de suivi de projet. La plupart des entreprises disposent de système de partage de fichiers interne qui montrent leurs limites dans le cadre d’une utilisation au-delà du « firewall » sur une transaction regroupant différents acteurs : client final, banquiers, avocats, auditeurs, … L’utilisation de solutions de partage de fichiers gratuites ou presque pose souvent des problèmes de sécurité et ne répond qu’au sujet du partage de documents mais pas à la gestion des tâches, la collaboration, etc …

La ruée vers l'or du "big data"
Les données sont le nouveau carburant. Ceux qui disposent de vastes ensembles de données et savent les traiter efficacement pourront rester en tête des « League Tables » dans leur segment de marché.
De nombreuses banques d'investissement ont lancé des initiatives visant à mieux agréger et traiter les sources de données relatives au M&A pour automatiser et accélérer l’origination de nouvelles transactions potentielles qu’ils pourront alors « pitcher » à leur client potentiel. Par exemple, dans le cas d'une transaction M&A pour une industrie spécifique quelque part dans le monde, la solution détectera une opportunité potentielle pour un client de la banque d'investissement susceptible d’être intéressé par une cible similaire. Jusqu'à maintenant cette recherche était réalisée manuellement par les banquiers d'investissement eux-mêmes.
En revanche, toute fuite de données peut provoquer énormément de désordre et de défiance. Nous générons tous d'immenses quantités de données avec nos appareils reliés à l'internet. Savoir comment gérer et traiter toutes ces données en toute sécurité est crucial et devrait être le souci primordial de tout fournisseur de technologie.

L'émergence de l'intelligence artificielle et du machine learning
Avec l'apparition des voitures autonomes et des entrepôts de stockage « robotisés », l’IA (intelligence artificielle) est devenue l'un des termes les plus en vogue, souvent employé à tort par ailleurs. Mais l'IA n'a d'intérêt que par son application à de réels problèmes.
Le traitement automatique du langage et l'heuristique sont des formes d'IA en mesure de résoudre différents problèmes de façon intéressante. Chez Merrill, c'est précisément ce type d'innovation qui a été utilisé pour surmonter des challenges particuliers aux banques d'investissement. Nous continuons d'investir pour appliquer cette brillante innovation à tous les aspects de la conduite et la conclusion de transactions M&A.

Due diligence plus rapide et plus efficace
La due diligence est l'un des plus importants challenges auxquels doivent faire face les acteurs du M&A, un processus qui met en jeu des milliers, parfois des millions de documents écrits dans de multiples langues différentes et situés dans divers pays. Dans cet environnement professionnel, la collaboration, le partage et la révision sécurisés des documents peuvent seuls permettre aux partenaires et aux conseils de travailler ensemble efficacement à la réussite d'un deal.
Les technologies appliquées au M&A ont déjà fait un formidable bond en avant mais nous sommes certains d'être à la veille d'autres révolutions, résultant de constantes innovations. Elles faciliteront la due diligence et la rendront plus sûre qu'elle n'a jamais été, permettant aux entreprises et à leurs conseils de se concentrer sur les tâches plus importantes et à plus forte valeur ajoutée.
Désormais, grâce à une application de due diligence dans le « cloud », les caractéristiques et les fonctions d'une data room évoluent de façon continue, sans interruption de service. Les deal-makers peuvent maintenant à tout moment charger des documents critiques et en consulter d'autres, depuis n'importe où dans le monde. La recherche plein texte permet de trouver en quelques secondes des documents spécifiques, et grâce à la reconnaissance optique de caractères (OCR), les recherches peuvent être effectuées dans de nombreuses langues différentes, un avantage significatif dans le cas des transactions « cross-border ».
L'accélération de l'innovation fait que les tâches de routine sont de plus en plus automatisées et simplifiées, et sont assurées en continu.
L'innovation enrichit aussi la due diligence par des outils sophistiqués d'analyse et de « reporting ». La visualisation des données sur des tableaux de bord en temps réel fournit des instantanés sur l'état d'un deal et l'intérêt des acheteurs. Jusqu'à maintenant, les rapports sur les deals et les analyses étaient préparés par une armée de jeunes banquiers, qui téléchargeaient les données d’activité, les manipulaient et les mettaient en forme pour ensuite être communiquées à leurs clients. Grâce à la technologie, il sera désormais possible de préparer des rapports prédéfinis selon des critères et des fréquences définis, générés, formatés et transmis par mail, le tout automatiquement.
Les risques de contentieux peuvent aussi être minimisés au moyen de pistes d'audit fournissant la trace de ce qu'un utilisateur visionne, y compris la page exacte, l'instant, et la durée de visualisation de la page.
La richesse des perspectives qu'apporte la technologie est telle que les vendeurs peuvent, en quelques clics de souris, déterminer les motivations des acheteurs ainsi que les obstacles possibles, et anticiper les questions, les points de négociation et les difficultés.
En outre, des fonctions avancées de question-réponse accélèrent cette activité importante mais chronophage - une amélioration décisive, car les deals typiques donnent lieu à des centaines de questions au cours du cycle de transaction, selon nos données internes 450 questions/réponses en moyenne sur chaque transaction. Des fonctions sophistiquées de gestion du flux de travail de data room permettent à l'équipe d'une banque d'investissement de déléguer les réponses à des experts par sujet chez le vendeur ou la cible, de gérer le processus d'approbation avant de communiquer les réponses à chaque acheteur, dispensant ainsi les banquiers de devoir gérer ceci manuellement hors data room par le biais d’email et de différentes versions d'Excel, par sujet et par contrepartie, transmis aux experts par sujet, avant de les réassembler pour renvoi aux contreparties côté achat.
Le plus gros avantage de l'émergence d'une application de due diligence "in the cloud" est la sécurité sur l'ensemble de la chaîne de données. Le chiffrement de bout en bout et l'authentification à deux facteurs, combinés à la possibilité de limiter le téléchargement et l'impression ainsi qu'à l'usage de documents filigranés pour prévenir les fraudes, et à des rapports d'activité extensifs, rendent la due diligence plus sûre que jamais.

Les bouleversements à venir
Le perfectionnement constant du « machine learning » aidera les professionnels du M&A à rationnaliser la due diligence encore davantage. Le « machine learning » permettra l'exécution automatique de tâches telles que le classement, l'indexation et le changement de nom des documents, ainsi que leur rédaction automatique et même la création de l’index automatique.
Outre la rédaction automatique en ligne des documents, certaines technologies permettent la traduction en temps réel en ligne, ainsi que l'analyse automatique des documents légaux. D’autres dans le futur aideront à préparer les questions-réponses en suggérant des réponses possibles à une question ou même en indiquant dans quel document de l’index figure la réponse ou encore si une question similaire a déjà été répondue. En définitive, le machine learning déchargera les professionnels du M&A des nombreuses tâches fastidieuses qui encombrent une journée de travail au détriment d'activités cruciales pour la conclusion des deals.
Nous n’avons pas traité ici le sujet des technologies de type Blockchain et Smart Contract qui changeront également de manière certaine la façon dont les transactions seront conduites dans les années à venir.
En conclusion, la technologie changera la façon dont les banquiers d’affaires conduisent leurs transactions mais elle ne va pas « uberiser » ce métier. Elle aidera les conseils financiers à passer plus de temps sur les tâches à véritable valeur ajoutée pour leurs clients : modélisation, relationnel et déblocage de situations, identifier le bon acquéreur pour la bonne cible, valorisation - structuration et financement de la transaction, négociation ... Elle rendra également le métier de banquier d'affaires plus attractif pour les jeunes générations, lesquelles ne veulent plus désormais passer la plus grande partie de leur temps à des tâches administratives et répétitives à faible valeur ajoutée et préfèrent rejoindre les rangs des GAFAM ou tenter l’entreprenariat. Les banquiers d'investissement pourront ainsi travailler d'une manière plus satisfaisante pour eux-mêmes, mais aussi plus productive, au plus grand avantage de leurs clients.
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